Eloi Labarre (1764-1833), second grand prix de Rome en architecture en 1797, est l’architecte qui a succédé à Alexandre-Théodore Brongniart après sa mort en 1813. Il a été choisi par le directeur des Travaux publics pour la « sagesse de son caractère » afin de respecter le projet de Brongniart.

Après la chute de Napoléon Ier en 1815, Labarre continue à travailler pour le Palais de la Bourse à l’époque de la Restauration sous les règnes des rois Louis XVIII et Charles X, frères de Louis XVI.

Le Palais de la Bourse sous Charles X, dessin de Victor-Jean Nicolle, BnF

Le Palais est ainsi inauguré le 4 novembre 1826 par le roi Charles X, avec l’installation des services de la Bourse, du Tribunal et de la Chambre de commerce par le comte de Chabrol, préfet de la Seine, assisté des membres du conseil municipal de Paris. Tout le palais a été construit, avec fierté, avec uniquement des matériaux venant de France. Et grâce au fer, aucun élément en bois y a été introduit. Par une loi du 17 juin 1829 l’Etat rétrocède la propriété du sol et du bâtiment de la Bourse à la Ville de Paris. Ainsi le palais Brongniart, même s’il puise ses origines dans le Ier Empire, reste une des réalisations majeures de l’époque de la Restauration.

Le contexte d’une relance économique sous le régime de la Restauration :

Après la chute de Napoléon Ier s’instaure la période de la Restauration avec le retour des rois Bourbon sur le trône. C’est une monarchie constitutionnelle limitée par la Charte de 1814 qui voit le début des premières expérimentations du parlementarisme avec le système des deux chambres (assemblées) qui perdure encore aujourd’hui.

Cette période de paix a enfin offert un nouvel élan économique et permis à la révolution industrielle de prendre son essor en France avec notamment le premier essai d’éclairage au gaz au passage des panoramas (près de la Bourse) en 1816 suivit de la création de la première usine à gaz française en 1818 à Paris, ainsi que la création de la première ligne de chemin de fer, reliant Saint-Etienne à Andrézieux, inaugurée en 1827. C’est dans ce cadre que les rois Louis XVIII (1815-1824) et Charles X (1824-1830), continuèrent le chantier du palais de la Bourse et du Tribunal de commerce qui sera inauguré en 1826 par Charles X.

Une vue de Paris sous la Restauration : La fontaine des Saints-Innocents au début du XIXè siècle

au milieu du marché du même nom.Musée Carnavalet

Les effets de la révolution industrielle au service de l’achèvement de la Bourse, et l’élaboration d’une des toutes premières grandes charpentes métalliques de France :

Au fil du chantier, Eloi Labarre doit apporter des modifications au Palais de la Bourse par rapport au projet de Brongniart. Ainsi le 27 mai 1816 le Conseil des Bâtiments civils adopte pour la nef le projet d’une voûte en arc-de-cloître éclairée par une lanterne zénithale et décorée de grandes peintures, alors que Brongniart avait prévu un plafond plat à caisson.

Projet de voûte pour la Nef, document joint au rapport du Conseil des Bâtiments civils du 9 mars 1820, Archives nationales

En 1820 est décidé pour la voûte et le comble l’élaboration d’une charpente métallique en fer forgé ou « fonte de fer ». La structure métallique de la voûte de la nef doit être remplie par des poteries de terre cuite revêtues d’enduit formant le support à son décor peint et sculpté. Le fer de cette charpente est dit « de Berry » et provient de forges installées à l’est du département du Cher. Il est affiné au charbon de bois et forgé au marteau et est réputé pour sa qualité de fer « doux et pur » résistant bien aux efforts de traction.

Détail de la charpente métallique, extrait de Traité de Construction, musée d’Orsay

Cette structure fait partie des toutes premières grandes charpentes métalliques en France permises par les progrès de l’industrie sous la Restauration. Après la réalisation d’un modèle réduit, la charpente est construite en 1821 et 1822 par un entrepreneur de serrurerie nommé Albouy qui avait déjà réalisé les chaînages de la maçonnerie du palais.

 

Eloi Labarre et l’achèvement de la décoration dans le respect du style de Brongniart :

Labarre réalise aussi toute la décoration intérieure et extérieure du palais grâce à l’appui de nombreux « entrepreneurs de sculpture » et « ornemanistes » qui réalisent les chapiteaux des colonnes, les frises sur les façades et dans la nef, les rosaces des plafonds, les décors du salon d’honneur (ancien tribunal de commerce), etc… Parmi ces sculpteurs figurent Jean-Baptiste Plantar (v. 1790-1879), dernier artiste à avoir porté le titre de sculpteur des bâtiments du roi. Plusieurs peintres de l’Académie des beaux-arts réalisent aussi les décors peints des plafonds de la nef et du salon d’honneur.

En 1824 sont réalisés des planchers en « poterie creuse » et tous les ouvrages de marbrerie des sols, les différents marbres provenant de France.

Pour le chauffage, trois membres de lAcadémie royale des Sciences réalisent un système de chauffage central à la vapeur qui est installé par Gourlier, un des inspecteurs du palais de la Bourse. Ce système fonctionnait par une chaudière au charbon et diffusait la chaleur dans le bâtiment grâce à des tuyaux couverts par des dalles en fonte dans le sol.

Enfin en 1823 est posée l’inscription en bronze doré « PALAIS DE LA BOURSE ET DU TRIBUNAL DE COMMERCE » sur la façade principale, réalisée par la manufacture de bronzes Delafontaine.

Où retrouver Eloi Labarre aujourd’hui ?



Parallèlement au palais de la Bourse, Eloi Labarre est aussi l’architecte de la colonne de la Grande Armée à Wimille, construite entre 1804 et 1823 près de Boulogne-sur-Mer, ainsi que le théâtre Monsigny construit en 1827 dans cette  même ville.